les origines du monde, le vrai. Extrait numéro 1
Le beau Philippe me regarda droit dans les yeux. Son
sourire angélique fit apparaître en moi le frisson interminable de l’amoureuse
transit. Soudain, ses lèvres s’approchèrent des miennes. Le temps semblait
s’être figé et rien ne pourrait interrompre ce moment. Du moins, c’est ce que
je croyais ... Jusqu’à ce que la sonnerie de mon réveil me crève les tins
pants. Je déteste le matin. Aussi niais qu’ils soient, mes rêves constituaient
le seul moment de bonheur de ma journée. Un bonheur brisait par le gong de l’appel
au petit déjeuné. Une tradition stupide que mon père Roberto avait instaurée
dans le but de ‘‘conserver le lien familiale’’.
Ma
mère, Kathleen, était déjà levée. Je l’entendais aux crépitements de la pâte à
crêpe dans la poêle chaude. Un caprice d’Anna-Sophia,
ma petite sœur. Un démon dans un corps d’angelot aux joues roses et aux boucles
blondes. Moi, j’avais eu le malheur de demander des gaufres il y a un mois. Et
pour être honnête ... je les attends toujours mes gaufres !
Traînant
mon cadavre jusqu’à la salle de bain je réfléchissais à une tenue stratégique. La
chose la plus difficile le matin c’est de choisir ce que l’on va mettre. Le
look c’est essentiel à l’école. En particulier quand on est la petite sœur de
Claudia. Une mante religieuse en mini-jupe et talons hauts. Elle était toujours
suivie de Regina et Sophia. Ses deux meilleures amies. Le plus dur au lycée
c’est de devoir supporter les humiliations de ces trois pestes. Alors imaginez
que ce cauchemar vous suit partout. Qu’il monte les escaliers avec vous, ouvre
la porte de votre chambre et vienne vous frapper en pleine figure. Et c’est au
sens littéral du mot. Un jour, quand Sophia et Regina étaient à la maison,
Claudia est entrée dans ma chambre et m’a lancé sa lampe de chevet en pleine
figure. C’était une lampe en tissus mais j’ai comme même eu un bleu sur la joue
pendant une semaine. Pour le coup, je ne m’aventurerais plus jamais dans
l’antre de princesse Claudia. J’avoue que lire son journal intime en y ajoutant
des commentaires sarcastiques n’avait pas été la plus brillante de mes idées.
La seule chose qui me console c’est que Claudia a dut faire toutes mes corvées
pendant deux semaines. Mais je ne pouvais m’en réjouir qu’intérieurement, sans
quoi Claudia m’aurais fait une tête au carré ! Sur ces doux souvenirs de
fraternité entre sœur, j’avais enfin réussi à me trouver une tenue. Ce serait
short, ballerine et haut en voile avec des pâquerettes. En me regardant dans la
glace je ne pus m’empêcher d’observer avec dégout mon corps de petit garçon. À
côté du corps de déesse de ma sœur, je me sentais comme un fœtus qui attendait
avec impatience le jour où il se sera enfin formé. En scrutant mon visage je ne
vis aucune anomalie. Pas de petit bouton ni de rougeurs. On me disait souvent
que mes yeux étaient magnifiques. Et pourtant, en les observant dans le miroir,
je ne leur trouvais aucune particularité. Ils étaient simplement bleus, comme
ceux de Claudia, comme ceux de la vieille dame de la cantine, comme ceux du
chien de notre voisin Jean-Pierre. Et j’en passe.
-
Chiara vieni da
mangare ! (Chiara vient
manger !)
-
Si mamma,
vengo ! (Oui maman, j’arrive !)
Passant
un dernier coup de peigne dans ma chevelure blonde, et oui c’est de famille les
boucles blondes, je prie mon sac et dévala l’escalier à grande vitesse. La pile
de crêpes attendait patiemment sur la table. Une fois la table prête tout le
monde s’assit pour déguster le petit déjeuné. Quel rituel stupide !
[...]

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